Mathieu Challières , un artiste-designer qui fuit l'ennui !

Mathieu Challières, designer parisien en quête de poésie, nous a accordé un entretien. Ce fut l'occasion de parler de son parcours, ses création, l'auto-édition, ses meilleurs spots à Paris...
L'homme à la volière n'a pas fini de nous surprendre avec ses créations qui planent loin de l'ennui.

Votre parcours semble singulier. Qu’est-ce qui vous a fait chavirer dans le monde du design et de la création en général ?
Je n'ai pas vraiment chaviré dans le monde de la création. En fait, je n'ai guère pratiqué que cet univers. Très tôt, (14/15 ans) je me suis plongé dans les textes de Malraux. Ensuite, j'ai fait l'Ecole du Louvre. Son approche correspondait à mon désir d'embrasser à la fois de façon intellectuelle et visuelle le monde des arts. En sortant de là, l'univers des musées que je connaissais un peu, m'a semblé assez coupé du monde réel. Et j'ai eu envie d'essayer d'être créatif moi aussi. Je ne savais rien faire, donc j'ai opté pour la pub. Pendant une bonne dizaine d'années, j'ai été concepteur-rédacteur dans de grosses agences. Je faisais surtout des films, j'ai même été primé à Cannes. Et puis un jour, j'ai eu envie d'indépendance. Comme je dessinais des objets pour moi depuis pas mal de temps, je me suis dit que j'allais essayer d'en vivre. Et voilà.

 Quand on parcourt votre catalogue, on est frappé par la diversité de vos créations. Quel est le dénominateur commun ?
  J'aime bien cette question. Le dénominateur commun, c'est l'ennui. Ou plutôt le désir de ne pas m'ennuyer. Quand il me semble avoir compris comment on peut faire un objet répondant à telle ou telle problématique, je change de cahier des charges. Intellectuellement parlant, faire un objet de plus sur le même mode n'est pas très stimulant pour moi. Pourtant, cela est justifié dans une éventuelle quête de perfection. Cela peut aussi être très ludique: hier j'ai fait une tarte aux quetsches, aujourd'hui je vais la faire aux fraises, ça me changera.

Je pourrai faire ça avec mes lustres en plâtre, ce n'est pas un exercice désagréable, mais je manque de temps. Du coup, je préfère essayer de faire autre chose, de comprendre comment fonctionne un autre type d'objet, de matière ou d'esthétique.

Est-ce facile de produire en France ? Comment voyez-vous l’avenir de la production locale ?
Je produis tout en France. C'est très facile. Je vous donne la recette en 3 étapes.
1 - vous créez un truc
2 - vous constatez que ça coûte trop cher de le faire en France
3 - vous le mettez à la poubelle.
Ensuite vous reprenez à l'étape 1.
Plus sérieusement, quand on est dans un pays où fabriquer coûte généralement cher, et que l'on a peu de moyen, on ne peut pas dessiner dans l'absolu. Il faut s'appuyer sur une technique de fabrication et la valoriser. Si j'ai démarré il y a 20 ans avec mes lustres en bande plâtrée, c'est parce que c'était la seule technique que je pouvais m'offrir. Je faisais tout moi-même. Les armatures étaient essentiellement fabriquées avec des matériaux récupérés dans la rue. Et, bien que la technique soit pauvre, le design de l'objet fait qu'on accepte d'en payer le prix. Ça s'appelle créer de la valeur ajoutée. Et la création en est le meilleur vecteur. Je vois l'avenir de la production locale comme une chance inespérée d'être créatif.


 Avez-vous des projets en vue ?
Qu'appelez-vous projets ? S'il s'agit de nouvelles créations, j'en ai plein la tête, plein le disque dur et plein la poubelle. Mais le temps me manque pour en faire une production de série. C'est le revers de la médaille lorsque, comme moi, on s'auto-édite avec peu de moyens.
Dans mon cas, ce serait beaucoup plus facile de produire des pièces uniques, ou en série très limitée, car la problématique économique n'est pas la même. Donc, si j'ai un projet, ce serait de me donner les moyens de diffuser ce genre d'objets. Cela me permettrait de faire d'avantage de création.


Quels sont vos endroits favoris à Paris ?
J'adore Paris. D'ailleurs j'ai toujours ramé pour garder mon atelier dans Paris afin de profiter de la ville. J'ai démarré dans une demi-loge de gardienne dans le Sentier. Maintenant, j'ai un atelier à Belleville, c'est moins central. Mais c'est plus grand.
Un des endroits que je préfère, c'est sans doute la vue que l'on a quand on est au milieu du Pont Neuf. Mais tout Paris me galvanise: de l'Opéra au marché d'Aligre, ouvert tous les jours et l'un des moins chers de Paris. Côté restaurants il y en a tellement. On peut citer Coretta au pied du jardin Martin Luther King, décor et cuisine irréprochables dans un esprit très contemporain. Dans le genre brasserie à l'ancienne: le Gourmet des Ternes, avec une pièce de boeuf à tomber par terre. Mais encore faut-il montrer patte blanche: c'est sans doute le seul restau de Paris qui affiche en permanence un panneau "complet", histoire d'éloigner les "fâcheux".
Et puis les Triplettes de Belleville, pour ainsi dire ma cantine, avec une assiette souvent étonnante pour un prix imbattable.
Côté cinéma, il faut aller au studio 28, 10 rue Tholozé à Montmartre, avec dans la salle les immenses appliques de Cocteau. Des objets incroyables, à mi-chemin du surréalisme et de Walt Disney. J'arrête, car si l'on passe aux boutiques, aux musées, on va vite se retrouver avec un guide.

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